Contexte sociolinguistique sud-africain

12 novembre 2026

Et politique linguistique de l’Université de Stellenbosch : enjeux glottopolitiques

16h30-18h30
Grand Salon 

UFR SLHS

Organisation
Nadège Juan
Anne-Sophie Calinon
Nathalie Thamin

Intervention de Éric Levéel, université de Stellenbosch, Afrique du Sud.

Intervention dans le cadre du séminaire Vers une sociodidactique glottopolitique

Résumé

Ce séminaire généraliste a pour objectif de présenter la complexité sociolinguistique en République d’Afrique du Sud (RSA), ainsi qu’à l’Université de Stellenbosch en tant qu’exemple saillant et clivant.

La Constitution démocratique originale de la RSA de 1994 stipule que le pays possède 11 langues officielles – une douzième y a été ajoutée : la langue des signes sud-africaine – et que certaines autres langues autochtones non officielles doivent être développées et utilisées.

De même certaines langues importées – en dehors de l’anglais – pour des raisons coloniales ou religieuses doivent être promues et respectées socialement. Les 9 provinces sud-africaines doivent avoir au moins deux langues officielles, et chaque municipalité doit respecter les usages langagiers de ses résidents et leurs préférences linguistiques. Dans ce gâteau linguistique complexe – malgré une protection constitutionnelle non discriminatoire forte –, quels sont les véritables enjeux et réalités sociolinguistiques et glottopoliques ?

L’Université de Stellenbosch, située à Stellenbosch dans la province du Cap-Occidental, se pose, d’une certaine manière, en parfait exemple de cette complexité inhérente à la complexité linguistique et historique du pays. Fondée officiellement en 1918, mais dont l’histoire remonte à 1866, elle fut durant des décennies le bastion universitaire afrikaaner, et après l’arrivée du Parti national au pouvoir en 1948, le laboratoire intellectuel de l’Apartheid jusqu’en 1994. Depuis les premières élections démocratiques de cette année-là, les tensions liées à l’enseignement exclusivement en afrikaans ont culminé par le taalbebat (le débat linguistique) dans les années 2000 lorsque la place de l’anglais s’est faite plus importante au ‘détriment’ de l’afrikaans, créant une guerre linguistique entre tenants du slegs Afrikaans (L’afrikaans uniquement) et ceux de l’anglais, langue de facto du pays considéré comme plus inclusive et démocratique au vu de l’histoire du pays. Le débat est loin d’être clos mais l’Université a fait le pari institutionnel du trilinguisme (anglais, afrikaans, isiXhosa – langues nationales et provinciales) et du multilinguisme, bien que l’anglais soit devenu la langue prédominante dans l’enseignement et la communication. Sa politique linguistique de 2022 – renouvelable tous les 5 ans – fait encore l’objet de vives critiques de la part de la frange ‘afrikaanophone’ au niveau national, et provincial – l’afrikaans y étant la langue majoritaire. Les enjeux et les tensions linguistiques et glottopolitiques à l’Université de Stellenbosch reflètent ceux du pays, pétri des meilleures intentions mais aux politiques linguistiques souvent difficilement applicables lorsque l’anglais, langue minoritaire et non autochtone, s’érige en langue majoritaire politiquement, économiquement, culturellement et intellectuellement.

Présentation de l’intervenant

Éric Levéel est professeur associé titulaire de langue et littérature françaises à l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud mais aussi chercheur associé au C.R.I.T de l’Université Marie & Louis Pasteur de Besançon et au Centre d’Études des Lettres belges de langue française de la Faculté des Lettres de l’Université Babeş-Bolyai de Cluj-Napoca en Roumanie. Ses recherches portent principalement sur les voyages de Simone de Beauvoir mais aussi sur la littérature française et francophones de la Shoah, la littérature LGBTQ+ francophone et les auteurs/autrices et intellectuel.les roumain.e.s francophones.

Bibliographie / Sitographie indicative sommaire

Afrique du Sud (volet 4). La politique linguistique du multilinguisme : https://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/afriquesud-4pol-linguistique.htm (Université Laval, Canada).

Cadre de la politique linguistique nationale : https://www.gov.za/sites/default/files/gcis_document/201409/langpolicyfinal0.pdf

Cadre de la politique linguistique nationale pour les établissements d’enseignement supérieur : https://www.gov.za/sites/default/files/gcis_document/201409/langpolicyfinal0.pdf

Constitution de la République d’Afrique du Sud : https://www.justice.gov.za/Legislation/Constitution/Saconstitution-Web-Eng.Pdf

Hubbel, Larry. 2002. « A South African University in Transition : The University of Stellenbosch Examines Its Language Policy ». In : Journal of Thought, Vol. 37, No 2. San Francisco : Caddo Gap Press. 89-102.

Lafon, Michel. 2004. « De la diversité linguistique en Afrique du sud : Comment transformer un facteur de division en un outil de construction nationale ? » Guillaume, P. Guillaume. Péjout, N. Kabwe-Segatti, AW (Dirs.). L’Afrique du sud dix ans après : Transition accomplie ? Paris : Karthala. 217-247.

Martinez, Marielle. 1998. « Multilinguisme, démocratie et droits linguistiques : l’undécalinguisme sud-africain : façade ou réalité ? ». In : Politique africaine, n°71, 1998. Les coopérations dans la nouvelle géopolitique. Paris : Éditions Khartala. 149-156.

Politique linguistique de l’Université de Stellenbosch : https://files.su.ac.za/public/2025-10/English%20Language%20Policy_final_2Dec2021_0.pdf (version anglaise)