Prendre la parole, prendre sa place à l’école
19 janvier 2027
Enjeux (glotto)politiques d’une problématique sociodidactique
16h30-18h30
Grand Salon
UFR SLHS
Organisation
Nadège Juan
Anne-Sophie Calinon
Nathalie Thamin

Intervention de Véronique Miguel Addisu, université de Rouen Normandie.
Intervention dans le cadre du séminaire Vers une sociodidactique glottopolitique
Résumé
Je voudrais dans cette intervention éclairer deux traits distinctifs de ce qui relèverait d’une sociodidactique glottopolitique dans mes travaux. Il s’agit du processus de contextualisation de pratiques langagières situées et co-construites, et du choix assumé de travailler à l’inclusion (scolaire) des plus vulnérables à l’école dans des situations multilingues. Je questionne par conséquent le potentiel inclusif (et donc démocratique) de l’école dans une société désormais structurée par les migrations, que l’on peut qualifier de postmigrante (Yildiz & Ohnmacht, 2022).
Sur le plan épistémologique, ces choix se situent dans le champ de la justice sociale en éducation (Fraser, 2005 : Radhouane et al., 2021) et les capabilités des acteurs, entendues comme leurs possibilités réelles de prendre la parole, d’apprendre et de participer aux décisions qui les concernent (Nussbaum, 2012) afin de discuter des conditions d’une justice épistémique à l’école (Fricker, 2026) : tous les élèves sont-ils reconnus comme des sujets capables de savoir, d’interpréter et de contribuer aux connaissances ?
J’éprouverai et discuterai de la pertinence de ce cadre conceptuel en tant que fondement d’une sociodidactique glottopolitique en m’intéressant à deux dispositifs (socio)didactiques historiquement situés qui visent explicitement à soutenir le développement langagier et la parole personnelle. Ces deux dispositifs, situés à des niveaux différents du parcours éducatif — la petite enfance pour Parler Bambin, le collège et le lycée pour Trouve Ta Voix — permettent d’interroger la manière dont des interventions langagières ciblent les élèves ou les enfants auxquels les institutions attribuent, explicitement ou implicitement, une moindre capacité de parole. Parler Bambin se développe en crèche depuis 2008 et a fait l’objet de nombreuses études (Miguel Addisu, 2023). Trouve ta voix, né en 2018, a réalisé des études d’impact et s’est récemment doté d’un comité scientifique.
Ces exemples me permettront de proposer des perspectives de recherche en sociodidactique pour une école juste et équitable dans le paradigme de la postmigration.
Présentation de l’intervenant
Véronique Miguel Addisu est membre du laboratoire Dynamique des Langues In Situ (Université de Rouen Normandie) et formatrice à l’INSPE. Ses recherches portent sur les interactions en situation multilingue, en particulier à l’école. Elle privilégie les recherches collaboratives qui soutiennent le développement professionnel des enseignants concernés par ces questions.
Bibliographie
Fraser, N. (2005). Qu’est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution. La Découverte.
Fricker, M. (2026). Injustice épistémique : Le pouvoir et l’éthique du savoir (S. Réhault & L. Thomine, trads.; G. Origgi, préf.). Eliott Éditions.
Miguel Addisu, V. (2023). Développement langagier en EAJE et inégalités sociales : L’exemple du programme Parler Bambin. Dans V. Miguel Addisu & I. Maillochon (dirs.), Vivre et parler avec de jeunes enfants en crèche : Situations langagières, postures professionnelles, formation (pp. 61–80). L’Harmattan,
Nussbaum, M. C. (2012). Capabilités : Comment créer les conditions d’un monde plus juste ? (S. Chavel, trad.). Climats/Flammarion.
Radhouane, M., Bauer, C., Bonvin, J.-M., Maleq, N., & Stiassny, D. (dirs.). (2021). Penser la justice sociale en éducation. L’éducation en débats, 11(1).
Yildiz, E., & Ohnmacht, F. (2022). Educational success despite school? From cultural hegemony to a post-inclusive school. Social Inclusion, 10(2), 313–323.
